Syndicat Constructif, Partenaire du Dialogue Social

Notre Histoire

Les premiers syndicats chrétiens défendent les intérêts des travailleuses et travailleurs

Le syndicalisme chrétien naît sous la forme d'une « Association des jeunes ouvriers », fondée par Maurice Maignen en 1855, qui devient, 10 ans plus tard, le « Cercle des jeunes ouvriers » ou « Cercle Montparnasse ». En 1871, le comte Albert de Mun s'appuie sur ce cercle pour créer une association nationale, l’Œuvre des cercles catholiques d’ouvriers, appelée aussi les « cercles ouvriers », qui comptait 375 cercles en France en 1878.
Le 21 mars 1884, la Loi Le Chapelier, qui interdisait les groupements professionnels, les grèves et les syndicats, est abrogée par la loi Waldeck-Rousseau, qui légalise les syndicats, ce qui permet la création dès 1886 du Syndicat des journalistes français, sous le nom de « Corporation des publicistes chrétiens ». L'année suivante voit la naissance du Syndicat des employés du commerce et de l’industrie, uniquement masculin, regroupant 18 militants de l'Œuvre. Apparaissent, hors de la sphère chrétienne, la Fédération nationale des syndicats, ancêtre de la CGT, en 1886 et la Bourse du Travail de Paris en 1887. La même année, à Lyon, vont naitre les premiers syndicats féminins chrétiens.


Avec la cftc, naissance du pluralisme syndical

Après la Première Guerre Mondiale, avec pour objectif de contrer la toute-puissance de la CGT dans le milieu ouvrier, les syndicats chrétiens créés en 1886 et 1887 sont à l’initiative de la fondation de la CFTC les 1er et 2 novembre 1919 à Paris. 200 délégués représentant 350 organisations votent à l’unanimité la constitution de Confédération Française des Travailleurs Chrétiens. Le mot d’ordre de la CFTC est la « paix sociale ». La CFTC regroupe déjà une grande diversité de métiers et couvre de nombreuses régions. Le 1er président est Jules Zirnheld (1876-1940). Le secrétaire général est Gaston Tessier (1887-1960). L’organisation se réfère notamment à l’encyclique Rerum Novarum, publiée en 1891 par le pape Léon XIII, qui reconnaît les droits des ouvriers et dénonce la misère ouvrière. La CFTC accueille toutes les travailleuses et tous les travailleurs acceptant d’appliquer les idéaux de la morale sociale chrétienne. Fidèle à l’œuvre des premiers syndicats, la CFTC met en place des bureaux de placement, des services juridiques, des caisses d’entraide et des services sociaux. Dès sa création, en 1919, la CFTC a une vision internationale et est soucieuse du bien-être des travailleurs au-delà des frontières nationales. Elle participe à la fondation de la confédération internationale des syndicats chrétiens (98 délégués représentant 3,5 millions de salariés, essentiellement européens).
Les femmes peuvent adhérer a un syndicat sans l’autorisation de leur mari

Vers 1899, les premiers syndicats féminins se sont créés et se sont développés. Tout en étant affiliés à la CFTC, les syndicats féminins chrétiens conservent une large autonomie organisationnelle qui favorise l'émergence de fortes personnalités. Ces militantes développent un discours et des pratiques axés sur la défense du travail féminin mais aussi pour la possibilité pour les femmes mariées de rester au foyer. L’action de Marie-Louise Rochebillard (1860-1936), pionnière du syndicalisme féminin, préfigure les combats pour le respect de la personne dans sa globalité et ses choix de parcours de vie. La présence, dès 1919, de plusieurs syndicats féminins dans les structures membres de la CFTC attestent de la large audience de la CFTC parmi les travailleuses.


De nouveaux droits débattus dans les annees 30

La CFTC formalise ses propositions qui se concrétisent, notamment en 1932 avec la loi généralisant les allocations familiales à l’ensemble des salariés et, en mai 1936, avec le « Plan CFTC » qui propose un salaire minimum, la réduction de la durée du travail, des logements sociaux, les conventions collectives, ... En 1936, les salariés obtiendront finalement notamment la semaine de 40 heures de travail et deux semaines de congés payés. A l’époque deux tendances s’affrontent : la CGT, révolutionnaire, en tant que syndicat instrument de la révolution politique, et la CFTC réformiste, en tant que syndicat fer de lance pour transformer la société.


Seconde Guerre Mondiale : la cftc dit non a Vichy

La CFTC est officiellement dissoute en novembre 1940 par le régime de Vichy. Certains membres entrent dans la résistance. La voix du Nord ainsi que les Cahiers du Témoignage chrétien sont diffusés dans le département du Pas-de-Calais. Le 15 novembre 1940, des responsables de la CFTC et de la CGT se réunissent clandestinement et publient le « manifeste des douze », qui est à la fois un acte public d'opposition à la politique du gouvernement de Vichy et une analyse du rôle du syndicalisme présent et à venir. En 1943, ces deux organisations syndicales participent à la constitution du conseil national de la Résistance. Gaston Tessier, fondateur du mouvement de résistance Libération-Nord, lutte contre une tendance participationniste au sein de milieux catholiques. Il représente la CFTC au Conseil national de la Résistance et publie un article dans le quotidien L’Aube « Syndicalismes » pour insister sur la place qui doit revenir au fait syndical et souligner que la CFTC et la CGT ont « donné à la Résistance un concours extrêmement dévoué qui s'est accentué à la veille de l'insurrection nationale par l'ordre de grève générale lancé d'un commun accord par le comité d'entente ». En 1944 Le CNR comptait dans ses rangs des représentants de partis politiques mais aussi des syndicalistes. La CFTC participe à l’élaboration du « programme d’actions de la Résistances », publié le 15 mars 1944. Ce programme comportait à la fois un « plan d’action immédiat » et un ensemble de « mesures à appliquer dès la libération du territoire ». Il contenait un volet politique et un volet économique et social, qui fut repris et appliqué à la Libération. On y trouve notamment les projets de nationalisations, de sécurité sociale et de comités d’entreprises. En raison de l'action de certains de ses membres dans la Résistance, la CFTC est maintenue, à la Libération, comme organisation syndicale représentative, malgré l'hostilité de la CGT, qui va jusqu'au Conseil d’Etat en vue de la faire interdire. En effet, attachée au pluralisme syndical, à la démocratie, la CFTC a refusé la fusion avec la CGT et la constitution d’une seule force syndicale monolithique.


L’apres-guèrre, la CFTC active au sein des organismes paritaires

En octobre 1945, le gouvernement provisoire d’après-guerre signe une ordonnance assurant la création du système de sécurité sociale obligatoire pour tous les salariés. Elle s’accompagnera d’une refonte du principe des assurances sociales et d’une reconnaissance du rôle des complémentaires et des mutuelles. À la libération, les idées de la CFTC se retrouvent dans les nationalisations, dans l’appel général en faveur du redressement du pays. Ses militantes et militants agissent dans les comités d’entreprise, à la sécurité sociale… En avril 1947, à l’occasion des premières élections des administrateurs de la sécurité sociale, la CFTC obtient 26 % des suffrages. Au fil des années et des réformes, la gestion paritaire se déploie et la CFTC, avec les autres organisations syndicales, participe à la gestion de la formation professionnelle, de l’Unédic,…


Dans les annees 60, la CFTC refuse la politisation de son combat

1963 La grève générale des mineurs des Charbonnages de France a comme revendication principale le rattrapage du retard des salaires miniers sur ceux de l’industrie privée. Les conditions météorologiques de la fin d’hiver étant particulièrement rudes, le gel des canaux perturbe l’approvisionnement de la région parisienne en combustible. Le gouvernement craint une aggravation de la pénurie. Le 4 mars, le général de Gaulle signe un décret portant réquisition des mineurs qui reste lettre morte : les grévistes réquisitionnés ne cèdent pas. La grève est lancée par la CFTC. Elle débute le 1er mars et est tout de suite très suivie. Le mouvement prend une ampleur nationale, avec des manifestations sur tout le territoire, y compris à Paris. Le travail ne reprend que début avril, après la signature d’un accord portant sur une hausse des salaires de 6.5 % au 1er avril, portée à 8 % en octobre, puis enfin à 11 % en janvier 1964. Le congrès CFTC de novembre 1964, au Palais des Sports à Paris, aboutit à la scission du mouvement en deux organisations syndicales distinctes : la CFTC et la CFDT (Confédération Française Démocratique du Travail). La CFTC élit Joseph Sauty à sa tête et refuse la politisation au service de la lutte des classes. Elle prône un syndicalisme indépendant des partis politiques, favorisant le dialogue et la négociation. En 1968, les accords de Grenelle sont négociées par les représentants du gouvernement Pompidou, des syndicats et des organisations patronales. La délégation CFTC est conduite par Jacques Tessier. Conclus le 27 mai 1968, ils aboutissent notamment à une augmentation de 35% du SMIG et de 10 % en moyenne des salaires réels. Les accords de Grenelle prévoient aussi la création de la section syndicale d’entreprise. La loi reconnait un contre-pouvoir syndical dans l’entreprise


Les annees 70-80 : accompagner la personne dans sa globalité

Dans un contexte économique défavorable, avec un essor sans précédent du chômage, les personnes et la société sont fragilisées. Les combats de la CFTC sur l’ensemble des pans de ce qui constitue la personne humaine (vie professionnelle, vie familiale, vie citoyenne, …) apparaissent plus pertinents encore. Soucieuse de la personne humaine dans sa globalité, la CFTC prend part à de nombreuses innovations sociales : formation professionnelle continue, généralisation des retraites complémentaires, chèques vacances, RMI… En 1980, grâce Jacques Teissier, son président, la CFTC fait voter une loi qui permet aux demandeurs d’emploi d’être considérés comme travailleurs : ils peuvent ainsi maintenir leur droit à la retraite. En 1984, la CFTC s’engage avec succès dans la bataille en faveur de la liberté de l’enseignement, notamment par l'action déterminée du Syndicat National de l'Enseignement Chrétien (SNEC-CFTC), avec un slogan clair : « La liberté ne se négocie pas ». En 1985, elle soutient la création de l’allocation parentale d’éducation. En 1988, la CFTC initie les conventions de conversion, qui ont pour objet de contribuer au reclassement des salariés licenciés pour raison économique ou menacés d’un licenciement économique en leur permettant de trouver une formation appropriée et de pouvoir bénéficier d’un revenu de remplacement sous forme d’une allocation spécifique de conversion.


Le syndicalisme réformiste et démocratique

En 1990 la CFTC se montre neutre lors de la création de la contribution sociale généralisée (CSG). Elle est favorable aux 35 heures, aux emplois-jeunes, à l'élaboration de la loi de 1998 contre les exclusions et à la loi créant la couverture maladie universelle (CMU). En 2006, elle présente son projet de statut du travailleur, lancé par un « rapport-programme » dès 1999 et concrétisé par un groupe de travail depuis 2003. Entre 2001 et 2006, aux élections des comités d'entreprise, la CFTC est la seule confédération syndicale à progresser, passant de 6 % en 2001 à 6,8 % en 2006, contre moins de 5 % quelques années plus tôt. Cependant, avec la loi du 20 août 2008 « portant rénovation de la démocratie sociale et réforme du temps de travail », la CFTC n'est pas à l'abri de perdre, dans plusieurs entreprises et branches professionnelles, sa représentativité. Le 1er mai 2008, la CFTC rassemble près de 6 000 personnes lors de son défilé unitaire à Paris autour du thème du pouvoir d'achat. En 2010, la CFTC formule des propositions pour réformer le système des retraites et participe aux cinq grandes journées de manifestations. Elle dénonce la plupart des mesures prises par le ministre du travail Éric Woerth dans sa réforme et réclame une hausse des cotisations vieillesse et une taxation des nouveaux revenus du capital. Elle propose aussi une augmentation d’un point de la CSG, ce qui permettrait de générer onze milliards d’euros de ressources, et qu’une partie de la CSG soit « fléchée », avec un contrôle effectif de l’affectation des sommes versées à la branche vieillesse. La CFTC demande en plus que l’ensemble des allègements de cotisations sociales soit compensé au centime près par des impôts.


Valeurs et Identité

La CFTC favorise la négociation, la discussion, jusqu'à la médiation avant toute action plus revendicative. Pour cette organisation, la grève n'est que l'ultime solution lorsque tous les autres moyens n'ont pas donné satisfaction. La CFTC insiste sur le fait que la vie ne se limite pas au travail. Cette valeur a été et demeure à la base de nombreux combats, de la mise en place des allocations familiales jusqu'à la défense du repos dominical en tant que journée commune à la plupart des citoyens pour la vie de famille, les loisirs... Pour la CFTC, la société ne doit pas se limiter à la consommation. La CFTC veut mettre le travailleur au centre de sa vie, le rendant acteur au maximum de ses choix et de son avenir. C’est pourquoi, elle préconise que les parcours soient sécurisés pour que chacun puisse vraiment faire des choix. La CFTC laisse une grande liberté aux syndicats qui la composent. En effet ils sont plus au fait de la réalité pour défendre sur le terrain les travailleurs. C'est le principe de « subsidiarité ». Cela ne l'empêche pas de rappeler à l'ordre, voire de mettre sous tutelle certaines organisations. La CFTC s'affirme indépendante de tout parti et de toute organisation. Pour elle, la référence au christianisme s'entend comme attachement à la doctrine sociale chrétienne (solidarité, fraternité, justice sociale…), pas comme une identité confessionnelle. Les adhérents ne sont pas forcément chrétiens mais se retrouvent dans les valeurs prônées par la CFTC.